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« Cette rébellion magnifique s’inscrit dans le crépuscule d’une génération qui n’est pas dupe des bonnes paroles avec lesquelles les vieux croient les endormir. »

NE DÉPOSSÉDONS PAS LA JEUNESSE DE SA COLÈRE. SOYONS À SES CÔTÉS.

Cette phrase résonne avec ce qui se passe aujourd’hui dans les lycées. Une jeunesse qui refuse de se taire, qui bouscule les habitudes et qui réclame le droit de choisir son avenir.

Mais il faut aussi s’interroger sur les méthodes employées depuis des années pour encadrer, contenir, parfois réprimer les mobilisations. Quand la parole de la rue peine à être entendue, quand les manifestations sont étroitement encadrées et que des gardes à vue touchent des mouvements composés en grande partie de mineurs, quel message envoie-t-on à cette jeunesse ? Que sa parole ne compte pas ? Que sa colère doit rester silencieuse ?

La colère ne disparaît pas parce qu’on cherche à la contenir. Lorsqu’elle n’est ni entendue ni prise en compte, elle peut finir par s’exprimer autrement. Ce n’est pas une raison pour renoncer au dialogue, bien au contraire : c’est une raison supplémentaire de l’ouvrir réellement, plutôt que de réduire la mobilisation à une question d’ordre public.

Je suis père de deux filles, militant CGT depuis des années, engagé bien avant cela sur les questions d’inclusion. Passionné d’histoire, je crois qu’il faut connaître notre passé pour comprendre le présent et éviter de reproduire les mêmes erreurs.

Mon histoire familiale est faite de contrastes : une arrière-grand-mère reconnue parmi les Justes, un héritage plutôt gaulliste, des parents investis dans le social. Des convictions différentes, des désaccords, mais une liberté de penser que je tiens à transmettre à mes filles.

Ma grande est interne au lycée des Combrailles. Elle construit sa vie, son avenir professionnel et social, portée par sa passion pour les chevaux, les chiens et l’éducation animalière. Elle n’est pas impliquée dans la mobilisation actuelle. Son lycée rural est relativement éloigné des tumultes qui traversent d’autres établissements. Mais est-on vraiment si loin des problématiques qui touchent la jeunesse, même quand elles ne s’expriment pas dans la rue ?

C’est aussi pour elle, pour sa sœur et pour toute cette génération que je m’interroge. Ce monde, cette jeunesse, mes filles ont le droit de les choisir et de les construire. Pas de reproduire nos parcours, mais de trouver leur place, avec leurs convictions, leurs passions et leurs propres combats.

Face à la colère des lycéens, je ne peux donc pas rester indifférent. Notre rôle n’est pas de parler à leur place, de récupérer leur mouvement ou de leur dicter comment se révolter. C’est de les écouter, de les protéger et de sécuriser leurs mobilisations sans neutraliser leur colère.

Mon militantisme est parfois atypique, y compris au regard de certains militants avec lesquels j’ai travaillé. Nous pouvons être en désaccord sur les méthodes, les analyses ou les priorités. Mais si nous poursuivons un même objectif de progrès social, discutons, confrontons nos idées et cherchons à nous tirer mutuellement vers le haut.

Alors je combats depuis toujours les discours qui alimentent la peur de l’autre, désignent des boucs émissaires et utilisent nos différences pour nous opposer. L’extrême droite prospère notamment sur ces divisions et sur la remise en cause de l’égalité des droits. Et ils sont bien accompagnés.

Diviser pour mieux régner, ça vous parle ? Quand certains milliardaires possèdent des fortunes qu’ils ne pourront jamais dépenser, que cherchent-ils à construire ? Un monde à leur image. Quand l’argent permet d’influencer les médias, la culture, nos représentations et les décisions politiques ou climatiques, où se situe la frontière entre liberté d’entreprendre et pouvoir sur nos vies et l’avenir de nos enfants ? 

Mon parcours de créateur de jeux m’a aussi conforté dans une conviction : on peut apprendre à se comprendre sans être d’accord. Mon entourage ne pense pas toujours comme moi. Heureusement ! Sans désaccord, il n’y a pas de véritable débat. Je préfère une discussion franche à un consensus de façade.

Mais débattre suppose de reconnaître l’autre, sa dignité et sa liberté.

Que tu viennes d’une cité, d’un village de campagne ou d’ailleurs, que tu sois salarié du public ou du privé, indépendant, artisan, entrepreneur, étudiant ou lycéen, peu importent tes origines, tes passions, tes orientations ou ton identité : tu as ta place. Nos différences devraient nous enrichir, pas servir à nous diviser.

Dans les années 1980, un enseignant débutant pouvait gagner environ deux SMIC. Aujourd’hui, sa rémunération se rapproche davantage du salaire minimum. Cette évolution pose une vraie question sur la reconnaissance accordée à celles et ceux qui font vivre nos services publics.

Nous n’avons pas toutes et tous les mêmes contraintes, les mêmes métiers ni les mêmes réalités. L’enjeu n’est pas de savoir qui a raison dans le contexte social et environnemental actuel, mais comment améliorer les conditions de vie et de travail de toutes et tous. L’utopisme est un luxe gratuit qui peut s’avérer payant. Je n’ai pas la solution mais j’ai confiance en la lucidité de ceux qui arrivent. J’ai confiance en nos enfants nés dans un monde qu’ils n’ont pas choisi. 

La convergence des luttes, ce n’est pas penser pareil. C’est chercher ce qui nous rassemble sans nier nos désaccords. C’est comprendre que l’école, le travail, les salaires, les services publics et l’avenir de la jeunesse sont des sujets qui nous concernent collectivement.

Et puis, il y a cette jeunesse à laquelle je m’identifie. Elle est drôle, fun, imprévisible, parfois déroutante, souvent inattendue. Elle bouscule nos habitudes et nos certitudes. Et franchement, ça fait du bien !

Elle nous rappelle pourquoi on est là, pourquoi on s’est battus, pourquoi on a déblayé le chemin : pour que les générations suivantes puissent aller plus loin que nous.

On n’a pas déblayé le chemin pour qu’elles marchent dans nos traces, mais pour qu’elles puissent inventer leur propre route.

Alors soyons à leurs côtés. Écoutons-les, protégeons-les, laissons-leur leur colère et leur liberté.

Nous n’avons pas besoin de penser pareil pour avancer ensemble. Nous avons besoin de nous écouter, de nous respecter et de faire de nos différences une force pour construire un avenir plus juste.

Nico, le 11 octobre 2026

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